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Une Histoire

Une histoire

Etymologiquement issues des mots latins «duabus casis», les «deux-chaises» qui ont donné leur nom à la commune désignent en réalité deux maisons ou deux domaines.


Deux-Chaises est en effet une paroisse fort ancienne dont le toponyme latin « villa et ecclesia de duabus casis » figure dans plusieurs cartulaires médiévaux, c'est à dire des registres contenant les titres de propriété d'une abbaye ou d'un monastère.

Initialement concédée à l'Abbaye de Saint Denis par les Rois Francs dès 636, avec son église -ecclesia- et toutes ses ressources matérielles et humaines, la paroisse fut l'objet de spoliations ultérieures, se retrouvant sous la dépendance du diocèse de Bourges. Il fallut une intervention papale menaçant d'excommunication les détenteurs illégitimes, pour que soient finalement restituées à l'Abbaye de Saint Denis, en 1088, quinze églises du Bourbonnais parmi lesquelles Deux-Chaises.


Ces églises qui étaient comprises dans les châtellenies de Montluçon, Hérisson et Murat, relevèrent jusqu'en 1792 du prieuré de la Chapelle-Aude (actuelle La Chapelaude, près de Montluçon). Deux-Chaises fut par la suite rattachée au prieuré du Montet.


Lors de fouilles effectuées en 1896-1897 à l'occasion de la construction d'un nouveau presbytère, on retrouva les fondations de l'église primitive mentionnée en 636 dans le cartulaire de la Chapelle-Aude. De ce manuscrit il ne subsiste que des copies fragmentaires, reprises par l'éminent archiviste moulinois Alphonse-Martial CHAZAUD, dans un ouvrage publié en 1860.

Furent également exhumés des débris de sépultures d'âges divers, indiquant l'occupation de ce site sans interruption depuis l'époque de la pierre polie.


En outre, au lieu-dit Chaume, dans un champ de labour on découvrit fortuitement un silex blond très finement taillé en pointe de javelot, vraisemblablement un outil pour la chasse au gibier.

Autre vestige d'un passé difficile à dater, découvert par un agriculteur au lieu-dit La Souvignière : un de ces énigmatiques souterrains annulaires, nombreux en Montagne Bourbonnaise et dans le canton d'Huriel.

Même s'il n'en reste pas de vestige probant, l'existence d'une voie romaine desservant le village est vraisemblable, comme le suggère Lucien Fanaud dans son ouvrage Voies romaines et vieux chemins en Bourbonnais. Les fameuses « deux chaises » pourraient en fait évoquer le positionnement des habitations de part et d'autre d'une voie romaine reliant Clermont à Bourges par Le Montet.

Les cartes les plus anciennes, dites Cartes de Cassini, du nom d'une lignée de géographes italiens établis en France dans le dernier tiers du XVIIème siècle, montrent en tout cas l'existence d'un très ancien axe de circulation traversant la commune de Deux-Chaises.

Située au centre du bourg, l'église dédiée à Saint Denis est classée Monument Historique par arrêté du 9 septembre 1943. Elle est l'oeuvre de deux campagnes de construction romane (XIème et XIIème siècles). En voici la description précise : « Abside et absidioles en hémicycle, restaurées en 1867, que précèdent de longues travées droites voûtées en berceau et communiquant entre elles par des ouvertures en plein cintre. Nef et bas-côtés repris dans la seconde moitié du XIIème siècle. Des berceaux brisés les couvrent et de grandes arcades, de même tracé, sont lancées entre des piles rectangulaires cantonnées de colonnes. Les chapiteaux décorant les piliers de la nef sont ornés de feuillages et d'oiseaux buvant dans des coupes. A l'extérieur, le pignon de façade, restauré en 1878, n'a conservé de sa décoration primitive que la croix pommetée du sommet. Le clocher carré, élevé sur la croisée, présente un étage percé sur chaque face de deux baies en plein cintre, serties de boudins. La flèche de pierre qui devait le couronner a été remplacée par une toiture. »

En 2009, soucieuse d'entretenir son précieux patrimoine, la municipalité de Deux-Chaises a commandé la restauration de cette toiture en essentes de châtaignier ainsi que le remplacement du coq surplombant le clocher.

En 2011, deux nouveaux vitraux, œuvres du maître-verrier vichyssois, Marc Bertola, ont redonné à l'église toutes ses couleurs. Le sujet d'inspiration retenu fut celui de l'eau, en écho aux nombreux dictons associant Saint Denis aux bienfaits de la pluie : « S'il pleut le jour de la Saint Denis, tout l'hiver aurez de la pluie. »
Il n'y a d'ailleurs pas si longtemps, en cas de trop longue sécheresse, les Deux-chaisois se rendaient encore en procession jusqu'au bois voisin des Tilloux, où Saint Denis possède sa fontaine

Depuis le Moyen-âge, les artistes s'efforcent de représenter les saints de manière à ce qu'ils soient reconnus par le public : Denis, premier évêque de Paris, envoyé de Rome pour évangéliser la Gaule au deuxième siècle, aurait été victime des persécutions à l'encontre des chrétiens. Ayant subi le supplice de la décapitation, Denis est un saint « céphalophore », c'est à dire portant sa tête dans ses bras. Selon la légende, le saint décapité se serait rendu lui-même jusqu'au lieu de sa sépulture, la future basilique de Saint Denis, appelée à devenir la dernière demeure de nombreux rois et reines de France.
Outre la statue de son saint patron, l'église de Deux-Chaises recèle, entre autres, une fort ancienne statuette de Vierge à l'enfant, en bois polychrome.

Sur la place de l'Eglise, une autre Vierge de pierre blanche côtoie la statue d'un soldat, sur le monument aux morts inauguré après la guerre de 1914-1918, rappelant que les conflits du XXème siècle n'ont pas épargné les Deux-chaisois. C'est aussi cela l'histoire de la commune...

Le nom d'une petite rue voisine, la Rue de la Bascule, témoigne d'un passé majoritairement tourné vers l'agriculture et l'élevage: jusque dans les années 1970, les paysans ont conduit récolte et bétail sur cette ancienne plate-forme de pesage, avant de les vendre.
Bien placée dans l'Allier pour la superficie de son territoire (4100ha), la campagne deux-chaisoise fut longtemps le fief de propriétaires terriens faisant cultiver leurs domaines par des métayers ou des fermiers, lesquels ont parfois réussi, avec le temps, à racheter leurs terres. La consultation des registres d'état-civil, archivés en Mairie, montre qu'à la fin du XIXème siècle, encore rares étaient les paysans deux-chaisois sachant signer de leur nom.
Grâce aux lois de Jules Ferry rendant l'instruction gratuite et obligatoire, ils furent plus à même d'améliorer leur sort mais les guerres mondiales successives ruinèrent beaucoup d'espoirs. Afin d'imaginer par exemple le quotidien du monde rural bourbonnais lors des grands conflits du XXème siècle, il suffira de rejoindre une commune voisine, Fleuriel pour y visiter le très intéressant Historial du Paysan Soldat : 

https://www.historialpaysansoldat.fr/

Les textes de l'écrivain-paysan Emile Guillaumin (1873-1951) constituent eux-aussi un témoignage sobre et édifiant sur les réalités du monde rural bourbonnais, au XIXème et au début du XXème siècle. Son village natal, Ygrande, n'étant qu'à une vingtaine de kilomètres de Deux-Chaises, le chef d'oeuvre La vie d'un simple, paru en 1905, pourrait « symboliquement » figurer dans le patrimoine deux-chaisois, avec cette devise tenant en peu de mots : « Sans désirs coûteux, sans envie, vivre tout simplement sa vie, mais la garder inasservie ».

Dans la même lignée d'écrivains-paysans, il faut évidemment saluer Jean Fondard, originaire de la commune, ayant passé les 25 premières années de sa vie au hameau de Chapette. La lecture d'ouvrages comme Les enfants d'Hippolyte (paru en 2015) ou Le Patois de Chapette (paru en 2005) est une véritable clef pour entrer dans cette mémoire paysanne inscrite dans les paysages Deux-chaisois.

Aujourd'hui encore, la profession la plus représentée dans la commune est celle d'agriculteur-éleveur.
En s'aventurant dans la campagne on découvrira sans peine les traces de ce passé, visible sur les habitations: dans de nombreux hameaux, d'anciens corps de ferme constitués d'une longère et de dépendances -grange, étables- indispensables à l'élevage. Grenier auquel on accède par un escalier extérieur, cave et jardin pour compléter l'ensemble.
A ce modèle traditionnel se sont ajoutées au fil du temps des maisons modernes tandis que les anciennes dépendances ont souvent cédé la place à des stabulations adaptées à un élevage plus intensif et des hangars abritant fourrage et engins agricoles.

Et puis, au détour d'une petite route, nichée entre les arbres séculaires d'un parc, une de ces belles demeures anciennes témoignant elles-aussi de l'histoire locale.

C'est le cas du château de Bouillé, avec sa grosse tour carrée à mâchicoulis, du XVème siècle, surmonté d'un lanternon et ses quatre tourelles dont l'une abrite une cloche, d'où vient le fameux calembour : «cinq clochers et quatre sans cloches». Ce manoir comprend en outre un corps de logis en équerre et deux tours d'angle d'époque plus récente. Il fut initialement une propriété de la famille de Beaucaire qui compta parmi ses membres le pittoresque marquis Joseph de Beaucaire de Sallebrune (1807-1879), « homme intrépide, grand veneur, meneux de loups, joueur de musette, aimant les fêtes, le vin et les femmes ». Le château connut d'autres maîtres mais depuis sa vente en 1878, Bouillé est resté la résidence d'une même famille exploitant aussi le domaine attenant. Lieu empreint de sérénité et de grâce, Bouillé est à l'image du couple de cygnes nageant sur son étang.

L'existence du château de Chapette est attestée depuis le XVème siècle. En 1503, c'est un André de Chapette qui reconnaît tenir en fief de la duchesse de Bourbon «sa maison, grange, establerie, court, courtillage, jardin, prés, terres, boys, buissons, garennes, dixmes, cens, rentes». Un bâtiment quadrangulaire à un étage, de la fin du XVIIème siècle a remplacé la demeure médiévale dont subsiste une tour ronde percée de petites meurtrières pour le tir-à-feu. A celle-ci est accolée une tourelle d'escalier. Les parties hautes des deux tours ont été refaites au XIXème siècle ; la plus grosse est couronnée de mâchicoulis. L'angle sud-est de la façade est flanqué d'une chapelle rectangulaire. Une dernière tour médiévale, munie de meurtrières, s'élève en bordure de la cour du château au sud.
A l'arrière de l'habitation, les «communs» édifiés en briques et en pierres à la fin du XIXème siècle complètent l'ensemble.
A noter, aux abords du château, la présence immémoriale d'un chêne imposant qui, de l'avis des spécialistes, pourrait avoir plus de 800 ans.

Parfois au voisinage d'un étang, d'autres demeures bourgeoises du XVIIIème et du XIXème siècle, se distinguent dans le paysage deux-chaisois. Elles ont toutes fière allure et leurs noms sonnent joliment : Longeville, Chatelus, Beaucaire, Chaume, La Gissière, Mondry ou encore le Tilloux, cet ancien relais de chasse situé au sommet d'une colline, avec vue privilégiée sur la Montagne Bourbonnaise, les Monts du Forez et la chaîne des Puys. Tantôt converties en chambres d'hôtes, tantôt résidences secondaires, tantôt résidences principales, ces demeures stylées contribuent à définir l'identité architecturale de la commune. Elles racontent en silence leurs histoires singulières, restées dans la mémoire des plus anciens et recomposent, à la façon d'un puzzle, l'Histoire de Deux-Chaises.

L'une d'entre elles, Longeville, fut ainsi la propriété d'une famille - la famille Thonier - qui donna plusieurs maires à la commune.

C'est ainsi que Charles-Elphège Thonier reste associé à l'histoire singulière de deux bâtiments communaux importants : la mairie et l'école.

Un document d'archives daté de mai 1867 détaille le projet de construction d'une nouvelle école de garçons, avec un logement convenable pour l'instituteur et une salle de mairie spécialement destinée aux réunions municipales. Il faut dire que le précédent bâtiment, situé dans le bourg, devenait trop exigu pour accueillir un nombre croissant d'élèves et que le conseil municipal était parfois obligé de se réunir dans une des trois pièces du logement du maître d'école ! Avec une population de 1215 habitants, il fallait projeter une classe pouvant aisément recevoir 100 élèves, des garçons, dans un premier temps, étant donné que pour les filles, une école tenue par deux religieuses de la Présentation de Marie était en voie de réalisation.

Pour des raisons économiques le choix de la municipalité se porta sur un emplacement situé à « 500 mètres de l'Eglise, à gauche le long du chemin vicinal qui conduit de la route Impériale n°145 à la Chaume ; une portion de la pièce de terre appelée Les Gardes, appartenant à Mr Thonier, maire de Deux-Chaises qui a généreusement fait l'abandon à la commune de 30 ares de terrain environ... »

L'histoire ne s'arrête pas là... Il faudra en effet attendre encore une trentaine d'années pour qu'une classe destinée aux filles soit également aménagée sur ce même terrain, en application des lois de Jules Ferry sur l'enseignement public.
Fermée pendant quelques temps, l'école religieuse, dite « école libre », rouvrira finalement ses portes en 1903 et fonctionnera jusqu'au milieu des années 1940. Aujourd'hui devenue la propriété de l'association Jeunesse et Joie, cette ancienne école, rebaptisée Maison des Jeunes, organise des manifestations annuelles et met ses locaux à disposition pour le catéchisme, les scouts et d'autres réunions professionnelles et familiales.
Un siècle et demi après leur construction, les bâtiments des deux écoles témoignent encore de cette histoire mouvementée.

Consultables en mairie, de précieuses archives d'état-civil remontant à l'an 1593, viennent elles-aussi enrichir le patrimoine communal. Avis aux amateurs de généalogie !

Les étangs environnants occupent également une place spéciale dans la mémoire collective : souvenirs de pêche annuelle et de friture pour certains et, dans le cas de l'étang de Chaume, souvenirs festifs puisque, jusqu'à l'été 1982, c'est là que se tenait la « grand-fête » du village, avec animations, concerts et bals au bord de l'eau.

Si les quatre hectares de ce vaste étang inspirent aux deux-chaisois un peu de nostalgie, c'est aussi pour une autre raison : pendant des décennies, l'énergie hydraulique permit aux fameux « Moulins de Chaume » de réduire en farine les tonnes de blé et de céréales apportées de toutes les fermes environnantes.
De très anciens et précieux manuscrits d'actes notariés attestent dès 1784 l'existence de ces moulins et d'une maillerie à chanvre. Depuis la fin du XIXème siècle, les moulins, l'étang et les maisons attenantes sont restés la propriété d'une même famille. Gérard Guillot, le dernier minotier en exercice, ayant eu l'opportunité de vendre son « contingent », les roues des moulins ont cessé de tourner, en 1986 pour la farine panifiable et en 1988 pour les farines animales.
Pourtant, même s'ils ne fonctionnent plus, les Moulins de Chaume contribuent encore aujourd'hui à la notoriété de Deux-Chaises.

Au cœur de la commune, un autre petit étang ombragé attire désormais les promeneurs et les pêcheurs. Non loin du camping et de la salle polyvalente Lucien Labrune, construite en 1983 et entièrement restaurée en 2019, ce plan d'eau est lui-aussi associé aux festivités deux-chaisoises de juillet et constitue, en outre, le point de départ d'une jolie randonnée pédestre.

L'histoire de Deux-Chaises comporte évidemment bien d'autres facettes qu'il aurait été trop long d'évoquer ici. Elle s'inscrit en outre dans la foisonnante histoire du Bourbonnais dont les principaux épisodes et la chronologie pourront être utilement consultés sur ces différents sites :

Archives Allier Mon Bourbonnais Société d'émulation du Bourbonnais Mic Bourbonnais GRAHCA

A nous de continuer ensemble cette histoire !